L’Algérie a-t-elle besoin d’un rating ? (par Lachemi Siagh)

L’Algérie a-t-elle besoin d’un rating ? (par Lachemi Siagh)

Lachemi SiaghC’est quoi d’abord le rating ? Il s’agit d’une notation qu’un émetteur de dette, que ce soit un Etat, une société ou une collectivité locale obtient d’une agence de notation pour emprunter aux meilleures conditions sur les marchés de capitaux. Il existe un certain nombre d’agences de notation à travers le monde mais les plus réputées sont au nombre de trois, à savoir Moodies, Standards & Poors et Fitch Ibca. .Ces agences passent au peigne fin la situation économique, financières et différents risques relatifs à l’emprunteur pour déterminer sa capacité de remboursement afin de le classer dans une catégorie.

Ces catégories varient de ce que dans le jargon des initiés on appelle « investment grade ». Il s’agit de notes qui peuvent aller de AAA ou Aaa pour une note à long terme à BBB. Les Etats, entreprises ou collectivités locales qui obtiennent une notation « investment grade » peuvent emprunter sur leur simple signature et n’ont pas besoin de fournir de garanties. Ceux qui rentrent dans la catégorie AAA ne sont pas très nombreux. Les Etats qui en font parties sont au nombre de onze et leurs entreprises quasi souveraines. Ces Etats sont les Etats Unis, l’Australie, le Canada, le Danemark, la Suède, la Suisse, la Finlande, le Luxembourg, les Pays bas la Norvège et le Royaume Unis. Quant aux entreprises privées dans le monde qui rentrent dans cette catégorie leur nombre a également considérablement diminué depuis la crise de 2008. Ceux qui rentrent dans cette catégorie représentent un risque quasi nul pour les investisseurs. Viennent ensuite ceux qui sont classés dans les catégories intermédiaires à savoir AA, A ou BBB. Il s’agit également d’emprunteurs dont le risque est acceptable. Notre voisin la Tunisie avait avant le printemps arabe obtenu un rating de BBB, ce qui était une fierté pour eux de faire partie de ce club des « investment grade ».

Ensuite viennent ceux qui rentrent dans la catégorie que l’on appelle « sub investment grade ». Il s’agit ici d’emprunteurs dont les emprunts sont assortis de garanties ou qui nécessitent le paiement d’une prime de risque élevée. Il s’agit des B, C et D. Le D représente le défaut de paiement. Nous sommes en plein dans la catégorie des « junk »

Une notation peut être sollicitée ou non sollicitée. Si elle est sollicitée c’est l’emprunteur potentiel qui la demande à une agence de notation. Dans ce cas il en paie les coûts. Pour la cause il peut se faire assister par une banque d’affaire en matière de méthodologie et pour l’aider à préparer l’information requise par l’agence de notation. Cela exige de l’emprunteur (Etat ou entreprise) un niveau élevé de transparence, un bon système de gouvernance avec les différents comités d’audit, d’investissement, etc. mis en place. Il faut également que l’émetteur se dote des capacités nécessaires en vue de générer l’information financière requise par le marché de façon périodique, une fois tous les six mois, si ce n’est une fois tous les trois mois. Le marché parfois exige deux notations par deux agences différentes. Cela devient très coûteux pour l’emprunteur mais si la notation est bonne le jeu en vaut la chandelle car avec une bonne notation les coûts des fonds sont très bons et cela rehausse la notoriété de l’émetteur. Les critiques trouvent que nous sommes en plein conflit d’intérêt parce que l’émetteur paie pour obtenir la notation. Cependant le marché ou les investisseurs qui ne sont pas disposés à payer les frais de la notation comptent sur la déontologie des agences de notation et sur le fait qu’elles ne peuvent risquer leur réputation.

Par contre une notation peut être non sollicité et dans ce cas l’agence de notation effectue son travail à partir des sources d’information dont elle dispose et ensuite libre à l’entreprise ou à l’Etat concerné de l’accepter ou de la rejeter, mais une notation non sollicité ne peut être publiée si elle n’est pas acceptée. Il en est de même d’une notation sollicité et rejetée par l’émetteur.

D’aucuns pensent que l’Algérie, avec d’excellents indicateurs macroéconomiques, une dette inférieure à 2% du PIB, des réserves de change de 170 milliards de dollars environ, une inflation contrôlée, etc., peut se lancer dans un rating et obtenir une notation type « investment grade » c’est-à-dire au moins BBB. D’autres pensent qu’effectivement l’Algérie peut obtenir une notation du type « investment grade » mais peut-elle la maintenir en cas de retournement des prix du pétrole. Il ne faut pas oublier que pour les agences de notation la vulnérabilité de l’Algérie vient de deux facteurs : une économie mono exportatrice et un système financier encore arriéré et non performant.

A mon avis il faudra faire le rating parce que jamais nos fondamentaux économiques n’ont été aussi bon et parce que cela nous obligera à plus de rigueur et à mettre en place les politiques et les procédures qui nous obligeront à maintenir le rating obtenu ou à l’améliorer. Un pays qui dispose d’un rating rend les investisseurs plus confortables en matière d’apport en investissements directs et en private equity aussi. De même cela facilitera la vie à des entreprises comme Sonatrach qui opèrent à l’international et qui pourront se faire noter elles aussi afin d’attirer les meilleurs partenaires.

Il faudra être conscient qu’aucune banque d’affaire sérieuse ne voudra nous accompagner si à l’issue du processus il n’y aura pas d’émission d’obligation. Cela paraîtra paradoxal pour certain chez nous d’aller lever de la dette au moment où nous avons des réserves de change colossales. Mais pour les fins de l’exercice et pour maintenir des relations avec les marchés financiers pour les jours difficiles, émettre un montant de 500 million d’Euros par exemple est quelque chose de concevable.

Lachemi Siagh est docteur en management stratégique et Conseiller en investissement financier, membre de l’ACIFTE